Push

Adaptation du roman de Sapphire
Traduit de l’américain par Jean-Pierre Carasso
Adaptation à la scène Jeanne Mathis & Sophia Johnson
Mise en scène, & Scénographie Jeanne Mathis
Création Lumières Ivan Mathis
Avec Sophia Johnson

Production déléguée Cie Kaïros Théâtre

Co-réalisation Espace Tisot, La Seyne sur mer 
Subvention Le Conseil Général du Var

Adapté du roman Push de, ce spectacle raconte le parcours de Precious Jones, adolescente noire de 16 ans vivant à Harlem. Victime de violences familiales, en rupture avec l’école et confrontée à l’illettrisme, elle semble enfermée dans une réalité dont rien ne peut la faire sortir.

Lorsqu’elle intègre une école alternative, une brèche s’ouvre. Peu à peu, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture lui offre un nouveau regard sur elle-même et sur le monde qui l’entoure. En tenant son journal intime, Precious trouve les mots pour raconter, comprendre et reprendre possession de son histoire.

La force du récit tient à cette voix singulière : directe, sensible, parfois drôle malgré la rudesse du réel. Derrière la violence traversée apparaît une énergie vitale profonde, une capacité à espérer et à avancer envers et contre tout.

Portée sur scène à travers la seule voix de Precious, la mise en scène privilégie l’épure. Sur le plateau nu surgissent peu à peu les figures qui peuplent sa mémoire : la mère, les enseignants, les présences du passé. Entre réalisme brut et intériorité, le spectacle donne à entendre un parcours de reconstruction bouleversant.

Push interroge avec force le pouvoir de la résilience et rappelle combien l’accès aux mots, à la lecture et à l’écriture peut devenir un acte d’émancipation et de dignité.

Extrait :
[…] Bon, c’est parti, on est jeudi 24 septembre 1987 et je suis dans le couloir. Je suis nickel, je sens bon –fraîche, prope. Y fais chaud mais pas question d’enlever mon cuir aussi chaud qui fasse, des fois qu’on me le tire ou que je le perde. Dans cte putain de baraque à la con, y a rien comme clim, nib, que dalle. La baraque que je cause, bien sur, c’est l’école 146, de la 134e rue, entre Lenox avenue et Adam Clay ton Powell Bvd. Je suis dans le couloir pasque j’ai math en première heure. Les maths me font pas autant chier que j’aurais cru. Je m’amène dans la salle de Mr Wicher et je m’assieds. J’y dis rien. Et maintenant, lui non plus y dit rien. Le premier jour il dit comme ça « Ouvrez vos manuels à la page 122, s’il vous plaît. » je bouge pas. « Miss Jones, j’ai dit, j’ai dit ouvrez vos manuels à la page 122. » « Je suis pas sourde, Ducon ! » Toute la classe se marre. Y devient tout rouge. Y claque sa patte sur le bouquin en disant : « Un peu de discipline. » C’est un petit blanc tout maigrichon qui doit faire dans les un mètre soixante. Je le regarde en disant : « Je peux faire du bruit moi aussi. C’est ça que tu veux ? » Je ramasse mon bouquin et je le claque sur le pupitre tout fort. La classe se marre encore. Y me demande de sortir. « Je sortirais pas avant que la cloche sonne, Ducon. Je suis là pour apprendre. » Il a l’air d’une gonzesse qu’un train viendrait de lui passer dessus. Y sait pas quoi faire. Il essaye de récupérer, de la jouer coolos « Bien, si vous voulez apprendre, calmez vous. »  « Je suis calme ». Il a la figure rouge, y tremble. Je laisse béton. C’est moi qu’a gagné. Y me semble. […]

[…] C’est pas nouveau tout ça pour moi. Y a toujours eu queque chose qui déconnait dans les tests. Les tests me montrent avec rien dans la tronche. Les tests nous montrent moi et ma mère c’est même pas qu’on est con, on est invisibe. Une fois je nous est vu à la télé. C’etait une histoire pour foute la trouille, avec des châteaux, tu vois, qu’on sait qu’y sont hantés. Et les gens, enfin y en avait qu’étaient des gens et d’autes qu’étaient des vampires. Mais les vrais gens le savaient pas jusqu’au moment de la fête. Tu vois le genre les blancs qui s’enfilent  de la dinde rôtie du champagne des machins etc.. Bon y en a cinq d’assis sur le canapé ; un qui se lève pour prende une photo. Vu ? Quand la photo se développe ( c’est du polaroïde) y qu’une seule personne sur le canapé. Les autes gens existaient pas.  C’est des vampires. Y boufent, y boivent, y se fringuent, y causent, y baisent et tout mais à la finale y zexistent pas.

Je suis balèze, je cause, je boufe, je fais la cuisine, je me mare, je regarde la télé, je fais ce que ma mère ame dit. Mais je vois bien quand la photo sort que j’existe pas. Y a pas personne que j’intéresse. Personne qui a besoin de moi. […]

[…] Ecoute, bébé, maman t’aime. Maman est pas con. Ecoute bébé : ABCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ. C’est l’alphabet. 26 lettres en tout. Ces lettres font les mots. Et c’est tout les mots c’est tout. […] 

 

Push : coup de cœur !
Sophia Johnson interprète le personnage du roman de Sapphire avec une force et un naturel remarquable. Les mots crus, durs, sont poussés comme on crache un poison. Phrases courtes, frappantes, poésie de la rue, proches du slam. Violence maîtrisée, émotion intériorisée, elle donne au personnage une sorte de noblesse arrogante. Pas de pathos, pas de complaisance. Tout est juste. Percutant.

La mise en scène de Jeanne Mathis dépouillée de tout artifice, la musique soul et les lumière d’Ivan Mathis sobres, incisives, aux ombres parfois angoissantes, contribuent à faire de ce spectacle « coup de poing » un véritable réquisitoire contre l’indifférence.

Acte de résistance, acte de résilience, l’écriture comme catapulte contre l’ignorance, il y a tout cela dans Push… et plus encore : l’espoir et l’absolue nécessité d’exister.

Bouleversant moment de théâtre de la compagnie Kaïros Théâtre qui a laissé les lycéens, comme tout le public des Cordeliers, en apnée. La Tribune, M.P. – 28 décembre 2006

« Push » à ne pas rater au TRP !
Un spectacle d’une rare intensité présenté par la compagnie Kaïros Théâtre : « Push » adaptation du roman de Sapphire, est l’évènement « théâtre » de cette fin de saison. La Marseillaise,  S.C.

« Push » ou le courage héroïque
Cette pièce met à l’honneur tous ceux qui, anonymes, et dieu sait qu’ils sont nombreux, mériteraient qu’on leur dresse des couronnes de tiare et de laurier, pour le combat quotidien qu’il mène face à leur destin. Implacable. Et qui bien souvent sont montrés du doigt par la société. Une pièce qui remet dans nos consciences à l’endroit ce qui est à l’envers.  Le dauphiné, Anne Kerbrat  – 18 décembre 2006

« Push », l’apologie de l’espérance
Les spectateur auront retenu la force que peut porter en lui un petit être fragile qui se bat. Et qui du coup envahi la scène du théâtre. […] Il y a dans ce sujet un peu de « Bagdad café » avec sa misère ambiante et le formidable espoir qui s’en extrait.  La Provence – 20 décembre 2006

 Cette pièce de la compagnie Kaïros Théâtre mise en scène par Jeanne Mathis est une véritable leçon d’humanité qui, pétrie de malheur et de solitude, porte vers l’espoir. Le guide Var mathin – 13 au  19 décembre 2006