Laisse-moi un mot
Création collective : Stéphane Bault, Isaac Koffi, Jeanne Mathis, Mathilde Parmentier-Gierusz
Production déléguée Cie Kaïros Théâtre
Avec le soutien de La Mairie d’Ollioules
Subvention Métropole Toulon Provence Méditerranée – Le Conseil Général du Var –
Ville de Toulon
Création 2025
Lina a grandi. Depuis l’année dernière, elle n’habite plus chez ses parents, et sa chambre d’enfant s’apprête à être louée. Le moment est venu de faire le tri, de vider les tiroirs, de classer les souvenirs. “Jette tout,” lui conseille son père avec détachement, mais Lina hésite.
Parmi ses trésors d’enfance, il y a sa tente, ce refuge secret où elle aimait tant se cacher. Là, à l’abri des regards, elle passait des heures à écrire, remplissant les agendas de travail que sa mère lui offrait. Les pages austères devenaient des journaux intimes où elle consignait ses rêves, ses peurs et les mille petits récits de son quotidien.
En entrant dans sa tente, Lina sent l’émotion l’envahir. Elle s’assoit, ouvre un de ses vieux journaux intimes et commence à lire. Les mots la transportent dans le passé, à l’époque où elle était en primaire. La voilà à nouveau dans la cour de récréation, avec ses cris et ses rires. La voilà face à Nolan, ce garçon toujours en colère, qui sème la terreur parmi ses camarades et semble détester tout le monde.
Pourtant, entre eux, une amitié sincère va se tisser. Durant leurs échanges, Lina découvre que, derrière la rage de Nolan, se cache une souffrance : celle d’un garçon malmené par son père. Elle comprend également que Nolan a du mal à lire et à écrire et décide aussitôt de l’aider.
Avec patience, elle va apprendre à Nolan comment déchiffrer les mots, comment les écrire et en comprendre le sens. Elle est comme ça, Lina. Elle aime aider, cela lui permet de ne pas trop penser à ses parents, toujours occupés par le travail et qui n’ont pas beaucoup de temps à lui consacrer.
Ensemble, les deux enfants, devenus amis, explorent le monde autour d’eux. Ils se libèrent des stéréotypes et des barrières imposées par leurs parents.
Ce spectacle, mêlant théâtre et marionnette, invite petits et grands à réfléchir sur le poids des injonctions et des attentes familiales, tout en célébrant la force de l’amitié et de l’émancipation.
Lina entre dans la tente. Ombres chinoises. Lina feuillette un cahier.
Lina– Mes journaux intimes ! Fais voir celui-là… septembre 2007 ! Ça date ! « Demain c’est la rentrée, il faut se préparer, moi j’ai tout : tablier, pochette, gouter. Je suis sûre de me trouver de nouvelles copines »… « Cette nuit mon rêve a été super. Cette nuit j’ai rêvé d’un navire dans le ciel, traîné par une sauterelle sur des vagues d’arc en ciel. Mais surtout ne le dit à personne, c’est un secret. » …« C’est le printemps vive les fleurs ! » 2008 « Aujourd’hui il a plu, alors on est resté à la maison. Hier, il y a eu une boum dans ma chambre avec mes copines invisibles. » « Ce matin Nolan a tapé Judith parce qu’elle voulait jouer avec son ballon. La maîtresse a tout vu. Elle l’a puni. Il a rien dit. Nolan, il est bizarre, avec nous il est méchant, mais avec les adultes il flippe, ça se voit qu’il flippe. (pose le cahier) Oh je l’avais dessiné en train de flipper… oh la tête que je lui avais fait !
Un bruit sourd résonne comme un coup de pied ou un choc contre la tente. Nolan, en marionnette, apparaît sur la tente.
Nolan (en colère) – Vas-y, sort me le dire en face que je flippe !
Lina sort la tête et se retrouve nez à nez avec Nolan
Lina, voyant Nolan – Je voulais pas te vexer… T’es encore en colère ?
(Il mouline des bras comme pour se battre)
Nolan – Tu vas voir si je suis en colère, viens te battre !
Lina – La maitresse nous regarde, je veux me faire punir. De toute façon j’aime pas me battre…
Nolan – Parce que t’es une fille !
Lina – Et alors ?
Nolan – Mon père y dit toujours « Si on te cherche, réponds.» Mon père y pleure jamais et si tu l’embêtes y t’en met une.
Lina – C’est nul comme conseil.
Nolan – Ah ouais ? Parce que toi tes conseils ils sont mieux peut-être ? Madame l’intello je sais tout ? Hein ? (Va à la table) D’abord, mon père il est méga fort, puis y dit toujours…
Voix du père – Dans la vie soit tu frappes, soit on te frappe. Compris ?
Nolan – Ouai ‘pa…
Voix du père – J’ai pas mis au monde une poule mouillée, te laisse pas faire…
Nolan – Ouai ‘pa…
Voix du père – Pati ! T’as encore fait cramer la viande ! Combien de fois faut qu’je le dise, l’entrecôte je l’aime saignante !
Nolan – Là, ma mère, elle va dérouiller…
Lina – Et ça ne te choque pas ?
Nolan – Me choquer ? c’est quoi ce mot d’intello ? (Imitant une bourgeoise) Hou je suis trop choquée…
Lina – Tu devrais dénoncer ton père, il est dangereux.
Nolan – Je suis pas une balance ! Et puis chez moi on parle pas, parait que ça sert à rien. De toute façon personne me calcule jamais dans ma famille sauf quand je fais une bêtise et que je m’en reçoit une, normal quoi.
Lina – Normal ? Ah non, pas normal, pas normal du tout ! Là t’as tout faux ! En même temps … vu comment il parle ton père… Normal que tu trouves ça normal… mais ça n’empêche pas d’avoir peur …
Nolan – Peur ? Moi ? Pour qui tu m’prends?!
Lina – T’inquiète, je le répèterais à personne et puis ya pas de honte à avoir peur.
Nolan – Je te dis que j’ai pas peur !
Lina – Mais c’est la vérité…
Nolan – J’AI PAS PEUR ! … Tu pleures ? Pourquoi tu pleures ? Hey ! Lina est une pleurnicheuse ! Lina est une pleur…
Lina – Elle est trop triste ta vie…
Nolan – Dis pas ça…
Lina – C’est la vérité.
Nolan – « c’est la vérité, c’est la vérité… » tu m’énerves avec tes vérités… madame j’ai toujours raison !
Lina – J’ai pas toujours raison… mais y a un truc que j’ai compris. Si t’en parles jamais de tes problèmes, ils te suivent partout comme une ombre et y te gâche la vie.
Nolan – Chez moi on parle pas j’t’ai dit.
Lina – Bah écrit alors. Moi c’est ce que je fais quand je vais pas bien. Ça marche à tous les coup, tu devrais essayer .
Nolan, chuchote – J’sais pas écrire.
Lina – Quoi ?
Nolan – Je sais pas écrire. Fais gaffe ! Si tu le répètes, je te massacre !
Lina – T’es pas marrant à tout le temps me menacer !
Nolan – Ouais, ben t’as pas intérêt à le répéter !



